La Terre est montée aussi haut que le ciel le lui a permis.  Puis, comme si la main du créateur avait dit halte mais n'avait pas bien fermé ses doigts l'Altiplano s'est retrouvé avec quelques glaciers au-dessus, vers les lacs du Chili et de la Patagonie.  
Dès que l'avion se pose sur l'interminable piste de El Alto, juste au dessus de La Paz, on sent qu'on vient de rentrer dans un monde différent. Même les voyageurs qui connaissent Katmandu ou Bogotá se trouvent un peu perdus : les dimensions de l'Altiplano, l'absence de collines assez voisines pour qu'on puisse juger les distances, la vastité transparente de l'air, les interminables champs de petits nuages blancs, la façon même qu'ont les Boliviens de vous regarder, de vous accueillir donnent à ce Pays un caractère unique.  Parler de la Bolivie, en particulier de son Altiplano qui rejoint au nord les mystérieuses plaines de Cuzco au Pérou n'est pas facile en termes académiques.  
Il y a des gens qui ne comprendront jamais pourquoi le vide peut être plus  beau que le plein, le peu plus riche que le beaucoup, le silence plus communicatif que le plus séduisant des poèmes, que la plus fascinante mélodie. C'est pour ces gens, plus intrigués par la créativité de l'homme que par sa place dans une situation cosmique inéluctable  qu'existent les artistes. Et probablement ils seront plus intéressés par ce que le haut-plateau a inspiré à Pedro, par la capacité d'un artiste de révéler les méandres de ce qui ne paraît pas exister, que par les insaisissables vibrations qui ne façonné le monde.  
A eux, qui représentent une façon de raisonner différente de la mienne, que j'aimerais connaître mieux, et de laquelle mon père était un élégant champion, je dédie mon travail.  
New York, le 13 octobre 1980 
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