| Leur histoire ne se mesure pas en années,
même pas en siècles ou
millénaires: ils vivent comme la pierre, et comme la pierre ils meurent, molécules lentes et gigantesques qui continueront à croître lorsque nous ne serons plus là. Sur le haut-plateau leur vision s'étale vers un horizon différent, où les glaciers les plus hauts ne sont que collines, et la plaine un océan. Petits, trapus, déterminés, silencieux même dans leur conversations soudaines ils nous demeurent lointains, insaisissables. Là-haut où l'air ne se perçoit que lorsque les rafales vous les forcent dans les poumons chaque geste, chaque effort est mesuré. Même le sens de la perspective change car les dimensions sont difficiles à mesurer: il n'y pas de distances, il n'y a qu'un pas après l'autre; il n'y a pas d'horaire, que de vagues moments dans un temps infini. Ils ont surgi de la mer comme des géants en miniature perçant le seul durci et sentant le volcan, diables ou dieux nonchalants qui accrochent la lune au tableau de nos nuits. Et leur vent fracassant est la berceuse du monde. |